Tarier des prés
État d'urgence en Moselle.
Tarier des prés
État d'urgence en Moselle.
BILAN TARIER DES PRES MOSELLE 2003
Année de référence
Etat des lieux
La Liste Rouge des Oiseaux de Lorraine mettait en évidence dès 1998 le statut de conservation incertain voir préoccupant du Tarier des prés en Lorraine.
En Moselle, seules les populations d'une partie de la vallée de la Seille et de la vallée de l'Albe étaient connues et regroupaient seulement 25 mâles chanteurs identifiés.
Tarier des prés © Christian Kerihuel - Numériscop@ges |
Les données partielles sur l'ensemble des autres sites potentiellement favorables du département laissaient envisager une population nicheuse devant se comptabiliser de 50 à 100 couples, peut-être légèrement plus, si l'on tient compte du fait que cet oiseau peut trouver ponctuellement des zones de nidification favorables de petite superficie. Le Tarier des prés niche prioritairement dans les prairies humides de fauche des vallées alluviales. Arrivant sur ses sites de reproduction le plus souvent aux premiers jours de mai, les jeunes quittent le nid vers la fin juin, date à laquelle la quasi totalité des prairies sont de nos jours déjà fauchées. Aussi d'année en année les effectifs ne peuvent se renouveler et la population tend à se réduire extrêmement rapidement. La vulnérabilité de l'oiseau en raison de pratiques agricoles incompatibles avec le succès de sa reproduction, la faiblesse des effectifs et la possibilité d'intervenir concrètement sur la préservation des nichées ont conduit la commission scientifique à mener en 2003 une première année de prospection permettant de faire le point sur la statut actuel de conservation de l'espèce en Moselle et de poser les premiers jalons d'une véritable politique de protection de l'espèce. |
Rappel des objectifs
Cette première année de prospection visait plusieurs objectifs prioritaires :
Zone de prospection
En 2003, la faiblesse des données antérieures relatives à l'espèce a contraint d'envisager une prospection la plus complète possible des secteurs à priori favorables, soit les plaines alluviales.
Faute de prospecteurs en suffisance et compte tenu d'une période favorable restreinte (3 à 4 semaines), la totalité des secteurs favorables n'a guère pu faire l'objet d'un recensement.
D'Ouest en Est, les secteurs suivant ont été parcourus :
Par ailleurs, suivant différentes indications et données antérieures quelques zones ont été suivies ponctuellement dans l'Est du département. Certaines vallées potentiellement favorables à l'espèce n'ont en revanche fait l'objet d'aucune prospection et notamment, la vallée de la seille amont, la petite seille ou une grande partie de la Nied française. |
Tarier des prés © Pascal Dubois - Côté-Nature |
Méthodologie
Le Tarier des prés se reproduisant prioritairement en prairie alluviale, il convenait de recenser en premier lieu les vallées mosellanes durant l période de reproduction.
Ainsi, à partir du 20 mai et ce jusqu'aux principales fauches des prairies, la recherche des mâles chanteurs et des couples est réalisée en parcourant l'ensemble des secteurs favorables.
Une prospection plus précoce durant la première quinzaine de mai risquait de comptabiliser des migrateurs plus nordiques induisant une extrapolation des populations, et faussant sa répartition géographique.
De la fin mai à la première décade de juin, ce sont surtout les mâles perchés en haut des rumex , sur les piquets et buissons bordant les prairies qui sont les plus visibles. Leur activité assez fréquente, l'étendue de la visibilité en terrain très ouvert permet de limiter la prospection à un seul passage sur chaque site et ainsi multiplier les zones de prospection.
A compter du 05-10 juin, l'éclosion des nichées permet de contacter aussi les femelles et ainsi éliminer les risques de contact de mâles célibataires.
Progressivement, le nourrissage des jeunes permet quant à lui de préciser l'emplacement du nid dans les parcelles et ainsi de programmer l'action de protection quand elle est nécessaire.
Résultats
Sur l'ensemble des secteurs concernés seuls 18 couples ou mâles chanteurs ont été contactés en 2003, soit une population bien en deçà des effectifs potentiels estimés dans le cadre de la liste rouge de 1998
Le constat le plus alarmant se situe à l'ouest d'une ligne Nord-Sud Saint-Avold-Faulquemont-Morhange-Château-salins ou aucun Tarier des prés n'a été recensé, alors même que l'effort de prospection a été le plus important.
Les quelques données antérieures sur ces secteurs laissaient déjà apparaître une population sporadique, mais néanmoins subsistante.
Tarier des prés © Christian Kerihuel - Numériscop@ges |
A l'Est les 18 couples recensés sont groupés sur quelques secteurs restreints en vallée de l'Albe à Nelling (6 couples), sur un terrain géré par le Conservatoire des Sites Lorrains à Francaltroff (3 couples), et de façon plus étonnante sur des prairies non entretenues traditionnellement (absence de fauche ou entretien par brûlis annuel) et situés de plus à mi-pente voir même sur le plateau à Leyviller et Hilsprich (7 et 2 couples). L'existence de cette dernière population, si elle est assez étonnante, permet cependant de garder l'espoir quant à la pérennité de la population mosellane. Les biotopes fréquentés, situés dans un contexte à dominante prairial où le parcellaire est encore très morcelé sont encore assez nombreux dans l'Est du département. De plus, la faible taille des parcelles (à Hilsprich environ deux hectares) démontre que l'oiseau peut se réfugier sur de très petits territoires favorables pour peu que le milieu soit ouvert, compatible avec l'exécution de son cycle de reproduction. C'est peut-être l'environnement prairial assez extensif (prairies de fauche) dominant qui permet le maintien du tarier des prés sur ces sites, alors qu'en d'autres lieux ce type de biotope est typique de l'habitat du tarier pâtre. |
Sur les 18 couples ou mâles chanteurs (14 femelles vues) recensés, 12 ont probablement pu mener à bien leur cycle de reproduction, bien qu'aucune vérification de jeunes volants n'ait été menée. Ceux-ci, situés en sites protégés ou non exploités n'ont subi aucune pratique agricole défavorable. Les 6 couples situés en vallée de l'Albe ont quant à eux probablement été fauchés avant l'envol des jeunes. La sécheresse du printemps a précipité les fauches et par ailleurs les renseignements erronés quant à l'exploitant des parcelles concernées fournis n'ont pas permis d'éviter la fauche des nids.
30 à 40 jeunes Tariers des prés ont sans doute ainsi pu s'envoler en 2003 sur les sites découverts, ce qui apparaît très faible et démontre l'extrême précarité de cette espèce, même si l'existence de poupulation hors prairie alluviale donne une note d'optimisme.
Analyse-conclusion
Le statut du Tarier des prés comme nicheur en Moselle devient précaire, et la succession des années sèches avec fauche précoce n'a fait qu'accentuer ce phénomène. Les populations existantes en prairie alluviale semblent diminuer de façon alarmante (de 15 à 6 couples recensés en vallée de l'albe en 5 ans)
Aujourd'hui, sans intervention directe sur les pratiques agricoles des secteurs ou elle subsiste, l'espèce disparaîtra à brève échéance. Cependant, la découverte de petites populations très suivies par les ornithologues locaux indique que le Tarier des prés peut localement s'être réfugié sur des petites parcelles en phase d'abandon ou à exploitation très extensive. Aussi, les effectifs départementaux sont difficilement quantifiables en regard du nombre important de zones prairiales délaissées et non prospectées. Ceci est particulièrement vrai à l'Est du département où encore bien des communes n'ont pas encore été remembrées. A l'ouest en revanche, l'espèce a peu de chance d'être encore représentée de façon à assurer sa pérennité.
Les recherches à poursuivre en 2004 doivent se concentrer sur l'Est du département et singulièrement, sur les bassins versant de l'Albe et de la Sarre, dans les vallons humides du Pays de Bitche, mais aussi sur la haute vallée de la Seille non prospectée en 2003. Un suivi très précis de chaque site doit être engagé afin de surveiller l'état réel des populations et de mener une action concrète de protection (retard des fauches aux emplacements probables des nids) avec les agriculteurs locaux quand cela s'avère nécessaire.
Aujourd'hui l'existence de ce petit passereau nicheur en Moselle peut encore dépendre d'une action militante. Avec un minimum d'effort et de suivi, il doit être possible de reconstituer une population viable.
Vincent LOOTEN
Participants : Karine SELINGER, Sophie LORTHIOIR, Jean-Marc DEBRYCKE, Eric BELLEVILLE, Albert STAUB, Jacques SELTZER, Vincent LOOTEN
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