L'Accenteur mouchet
L'Accenteur mouchet
Un modèle de discrétion
Accenteur mouchet © Marcel Van der Tol |
Bien répandu et sédentaire en Lorraine, ce passereau très discret, sauf quand il chante pendant la saison des amours, est peu connu. Il fréquente pourtant volontiers nos jardins, surtout en hiver où il se mêle aux moineaux, à terre sous les mangeoires et avec lesquels on le confond si on ne regarde pas attentivement car il n'a rien qui retienne le regard. Du moineau domestique, il possède, à première vue, la taille et les couleurs dominantes de brun rayé et de gris sans relief. A regarder de plus près, on s'aperçoit qu'il est plus svelte, qu'il a un bec fin de fauvette, que sa tête gris bleuté strié de brun ne comporte pas de joues claires. Du moineau, il n'a pas non plus la hardiesse et la sociabilité. On le voit toujours en isolé et très furtif, prompt à se réfugier dans un fourré son domaine de prédilection. De ce point de vue, il ressemble au rouge gorge, mais avec l'agressivité en moins, une des caractéristiques de ce dernier qui se fâche " rouge " lorsque des congénères pénètrent sur son territoire. |
Au contraire, l'accenteur mouchet n'est pas querelleur et accepte le voisinage de ses semblables même sur un espace restreint, particulièrement en hiver. A cette saison, il arrive que les mouchets s'appellent et se répondent pour garder le contact tout en s'évitant puisqu'ils sont individualistes. Ils semblent avoir adopté un principe, tout aussi valable pour les humains, à savoir que pour vivre durablement en paix avec les autres, il faut savoir garder un peu de distances!
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La discrétion de l'accenteur mouchet se manifeste même dans ses communications vocales. En toutes saisons, il émet des cris peu audibles, fins, allongés et un peu plaintifs : sîe…tsih…Son appel un peu tremblé comme le son d'un grelot, est plus sec et clair : tilit...tirit...tidi…Ce n'est qu'au printemps qu'il sort vraiment de sa réserve. N'ayant pas de plumage spectaculaire, le mâle est bien obligé de compenser cette infériorité pour se faire remarquer par une partenaire. Perché, pour une fois bien à découvert, à quelques mètres du sol, voire sur la cime d'un arbre, il égrène sa mélodie ressemblant, en moins puissant, à celle joyeuse du troglodyte. Elle est inattendue de la part d'un oiseau habituellement si secret. Son babil, facilement identifiable, est vraiment le seul moyen pour repérer sûrement les sites qu'il occupe. |
Accenteur mouchet |
Habituellement, en effet, il évolue dans la végétation touffue et basse : buissons, haies, taillis et jeunes plantations, broussailles et ronces, notamment au bord des ruisseaux et voies ferrées. Il se hasarde rarement sur des surfaces bien découvertes, mais reste toujours sous et à proximité des buissons y compris dans les jardins parcs et cimetières. Quant on l'aperçoit, c'est généralement à terre où il trouve l'essentiel de sa pitance en picorant activement. C'est avec un zèle appliqué qu'il fouille les feuilles mortes à coups de bec, explorant systématiquement l'espace parcouru. A petits pas ou sautillant, il se déplace les pattes courtes pliées et donc ventre au sol de telle sorte qu'un regard superficiel peut le faire prendre pour un mulot.
Son bec fin et pointu est caractéristique d'un insectivore et en effet il se nourrit d'insectes et de leurs larves, d'araignées, de vers et de petits mollusques. Mais il glane aussi des semences et graines diverses et il n'est pas rare de le voir en hiver au pied des mangeoires parmi les pinsons et les moineaux, avec lesquels il se fond, pour ramasser les restes de graines de tournesol broyées par les verdiers et les chardonnerets.
Evoluant à terre ou dans la végétation arbustive, il n'est pas étonnant que le nid de ce passereau soit habituellement construit à une hauteur de 0,30 à 2 m au-dessus du sol dans un jeune épicéa touffu, un buisson épineux ou toujours vert, des ronces et lierres, des amas de branchages ou de fascines etc. Le nid, en forme de cuvette, est construit par la femelle qui y dépose 4 ou 5 oeufs bleu turquoise. Le mâle, peu actif jusque là, participe au nourrissage de jeunes qui quittent le nid une dizaine de jours après leur naissance.
Jugées à l'aune des humains, les mœurs conjugales des accenteurs mouchets ne sont pas toujours exemplaires. On a pu constater des cas où plusieurs mâles avaient la paternité d'une même nichée ! Mais à la différence des hommes, dans certains milieux en particulier, ils n'étalent pas leur vie privée, leur vertu principale étant la discrétion.
Gilbert Blaising
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